
Dès l’enfance, construire une cabane est un acte d’émancipation, une quête d’autonomie. Recherche d’un espace à soi, à la fois jeu et refuge, la cabane naît d’un instinct de se soustraire au monde tout en l’observant. Au-delà de ses fonctions premières (se protéger, se cacher, chasser, jouer), « faire cabane » interroge notre lien au vivant, à l’environnement et à la société. Ancêtre de toute forme d’habitation, la cabane précède la sédentarisation et persiste de manière universelle à travers les cultures et les époques. Aujourd’hui, dans nos sociétés industrialisées, elle incarne l’urgence et la précarité, l’abri primitif et provisoire, fragile, presque organique. Non pérenne, elle se replie, ploie, retourne à la terre.
Fine membrane entre l’intérieur et l’extérieur, elle esquisse une frontière entre le chaud et le froid, le fragile et le solide, la sécurité et le danger, la croissance et la décroissance. Elle invite autant qu’elle contraint à se détacher du matérialisme.
Conçu en trois volets, ce cycle d’expositions consacré aux habitats éphémères, explore leurs nécessités et leurs paradoxes : le repli, la résistance, le jeu, la recherche de solitude ou au contraire de collectivité. Soulevant la pluralité des prédateurs contre lesquels ils doivent faire rempart, les cabanes sont ici envisagées comme un acte de résistance. Relevant à la fois du jeu, du drame, de la survie et de la désobéissance, les architectures minimales pensées pour ce 2ème chapitre d’exposition proposent des gestes à la fois poétiques, écologiques et sociaux, toujours profondément humains, en résonance avec les tensions, les fractures et les perspectives de notre temps.
— Muriel Patarroni
Avec:
Rodolphe Baudouin
Isabel Bisson Mauduit
Corine Borgnet
Philippe Calandre
Émilie Chaix
Ludovic Duprez
Sandra Matamoros
Simon Pasieka
Muriel Patarroni
Aurélie Slonina
Nicolas Tourte
Commissaire Muriel Patarroni

COLD CITIES
Impression numérique
140/400 cm




Cette série d'images juxtaposées et superposées se prête à une double lecture théorique. D'une part, dans la lignée de Foucault, elle révèle comment le pouvoir s'inscrit dans l'espace à travers des dispositifs architecturaux qui structurent le visible, le contrôlable et l'exclu. D'autre part, elle interroge notre difficulté moderne à « atterrir » sur un sol véritablement habitable, après avoir réduit la nature à une simple ressource exploitable.
Ces photographies assemblent des formes spectaculaires, immédiatement saisissantes, mais coupées de tout usage concret et de toute présence vivante : autant de ruines du futur, préfigurant un monde vidé de sens.
Or, cette critique porte en elle un paradoxe troublant. Par sa répétition systématique, son esthétique monochrome et sa monumentalité photogénique, l'image fictive devient l'avatar d'elle-même et s'inspire des walls instagrammables, à l'instar d'un monde insatiable autant fragmenté que fugace.
Parfaitement calibrées, ces vignettes s'intègrent au système même qu'elles prétendent dénoncer.
Dans ce jeu de juxtaposition se révèle ainsi la tension contemporaine entre critique du pouvoir et absorption par le régime de l'image : la dystopie écologique elle-même se mue dans l'espace du 100 ecs en simulacre d' imprimante géante défaillante, diffusant des objets de désir visuel, destiné au partage compulsif et à l'appropriation instantanée.
